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Création des Restos du Cœur

les faits, de 1985 à aujourd’hui

Un appel lancé à la radio en septembre 1985, une première distribution en décembre, une loi votée trois ans plus tard : la création tient en une séquence datée, souvent racontée de travers.

Deux bénévoles en sweat identifié trient des fruits, des légumes et des produits frais dans des cartons de collecte
Réponse rapide

Les Restos du Cœur naissent d’un appel lancé par Coluche sur Europe 1 le 26 septembre 1985 ; la première distribution a lieu trois mois plus tard, le 21 décembre 1985. La structure retenue est une association loi 1901 à but non lucratif. Pour qui se demande s’il est possible d’ouvrir un centre près de chez soi, la réponse figure en fin d’article : elle dépend de l’organisation du réseau.

  • Deux dates, pas une : l’appel du 26 septembre 1985, l’ouverture du 21 décembre 1985.
  • Une association loi 1901 : « Les Restaurants du Cœur – Les Relais du Cœur », à but non lucratif.
  • La reconnaissance d’utilité publique arrive en 1992, soit plus de six ans après la première distribution.
  • La loi dite Coluche date de 1988, votée deux ans après la mort de son inspirateur.
  • On ne crée pas un centre seul : l’ouverture relève de l’association départementale.

Septembre 1985

une idée lancée à l’antenne

Le 26 septembre 1985, Coluche prend l’antenne sur Europe 1 et formule une proposition simple : monter une cantine gratuite pour distribuer des repas à ceux qui n’ont plus les moyens de manger. Il présente l’idée comme une intuition, pas comme un projet ficelé, et lance un appel aux bonnes volontés comme aux entreprises capables de fournir des denrées.

L’humoriste n’est alors ni un dirigeant d’association ni un professionnel du secteur social. Il dispose en revanche d’une audience considérable et d’une réputation d’insolence qui lui laisse à la radio une liberté de parole rare. C’est cette combinaison qui fait basculer l’appel : en quelques jours, des propositions d’aide affluent, de particuliers comme d’industriels de l’agroalimentaire.

Cette date est celle de l’annonce, pas celle de l’ouverture. La confusion est fréquente, y compris dans la presse. Les deux événements sont séparés de près de trois mois, et c’est justement ce qui s’est passé dans cet intervalle qui mérite d’être raconté.

Trois mois pour transformer une idée en association

Un appel radiophonique ne nourrit personne. Entre l’automne et l’hiver 1985, il faut trouver un cadre juridique, des locaux, des fournisseurs, une logistique de collecte et de distribution, et des bénévoles en nombre.

Le cadre juridique arrive vite, parce que le droit français le permet : l’association déclarée est une structure légère, rapide à monter, adaptée à une action collective sans but lucratif. Les fondateurs retiennent cette forme, sous le nom officiel « Les Restaurants du Cœur – Les Relais du Cœur ».

La logistique, elle, s’improvise moins facilement. Il faut convaincre des industriels de céder des stocks, obtenir des locaux, organiser des points de distribution dans plusieurs villes. C’est là que la notoriété du fondateur pèse le plus lourd : elle donne accès en quelques semaines à des interlocuteurs industriels que le même projet, porté par un inconnu, aurait mis des années à atteindre.

La première distribution a lieu le 21 décembre 1985. Entre l’idée énoncée à voix haute et le premier repas servi, il s’est écoulé moins d’un trimestre — un délai qui reste, plus de quarante ans après, la donnée la plus frappante de cette histoire.

DateCe qui se passeCe que ça change
26 septembre 1985 Coluche lance l’idée d’une cantine gratuite sur Europe 1 L’appel déclenche des propositions d’aide de particuliers et d’industriels
Automne 1985 Constitution de l’association et montage de la logistique Le projet passe du discours à une structure déclarée, dotée de locaux et de fournisseurs
21 décembre 1985 Première distribution de repas Moins de trois mois séparent l’annonce de la mise en service
1986 Mort de Coluche en juin ; premier concert de soutien des Enfoirés L’association survit à son fondateur grâce à un relais collectif
20 octobre 1988 Vote à l’unanimité du dispositif fiscal dit loi Coluche Les dons destinés à l’aide alimentaire bénéficient d’un régime fiscal renforcé
7 février 1992 Décret de reconnaissance d’utilité publique L’association accède à des capacités juridiques élargies, notamment pour les legs

Ce qui a été créé, juridiquement

L’association relève de la loi du 1er juillet 1901 relative au contrat d’association, régime de droit commun des associations en France. Une association loi 1901 se crée par une déclaration en préfecture et se caractérise par son but non lucratif : elle peut percevoir des recettes, employer des salariés, détenir des biens, mais elle ne peut pas distribuer de bénéfices à ses membres. Les excédents éventuels retournent à l’objet social.

Ce statut initial n’est pas le même que la reconnaissance d’utilité publique, souvent confondue avec lui. Cette dernière est une qualité accordée par décret, après instruction, à des associations qui remplissent des conditions d’ancienneté, de solidité financière et d’intérêt général. Elle donne accès à certaines capacités juridiques, en particulier la possibilité de recevoir des legs et des donations dans un cadre élargi.

Les Restos du Cœur ne l’ont pas obtenue à leur naissance. Elle est intervenue par un décret du 7 février 1992, publié au Journal officiel le 13 février de la même année, soit plus de six ans après la première distribution. L’ordre chronologique vaut d’être retenu : on crée d’abord une association, la reconnaissance vient plus tard, si elle vient.

Ce que dit la seconde moitié du nom

La dénomination officielle comporte deux volets, et le second est rarement commenté. Les « Restaurants du Cœur » désignent la distribution alimentaire, cœur visible du dispositif. Les « Relais du Cœur » renvoient à tout ce qui se greffe autour : l’accompagnement des personnes accueillies, l’aide à l’accès aux droits, à l’emploi, au logement, à la culture.

Cette dualité est inscrite dans le nom dès l’origine, et elle explique une bonne part de l’évolution du réseau. Un dispositif qui se serait limité à servir des repas aurait sans doute décliné avec la conjoncture. En adossant l’aide alimentaire à un travail d’accompagnement, les fondateurs ont ouvert un champ d’action beaucoup plus large — celui qui occupe aujourd’hui une part importante des bénévoles, comme on le verra plus bas.

Le premier hiver, et ce qu’il a démontré

La campagne 1985-1986 mobilise plus de cinq mille bénévoles et permet de distribuer 8,5 millions de repas. Ces deux chiffres se rapportent à cette première campagne et à elle seule ; les données des campagnes suivantes ont fortement évolué et se consultent auprès du réseau.

Le résultat compte moins par son volume que par ce qu’il établit. Il démontre qu’un dispositif d’aide alimentaire de grande ampleur peut fonctionner en France sur une base entièrement bénévole, en dehors des circuits publics. Ces cinq mille personnes mobilisées en trois mois, sans campagne de recrutement organisée, prouvent au passage qu’un tel dispositif ne manquera pas de bras. Le premier hiver révèle aussi, plus douloureusement, l’ampleur d’un besoin dont le débat public de l’époque n’avait pas pris la mesure.

Ce résultat modifie la nature même du projet. Ce qui devait être une opération ponctuelle, présentée par son fondateur comme une réponse d’urgence à une situation temporaire, devient une structure appelée à durer — et à se doter, année après année, des moyens d’une organisation permanente.

Après 1986

ce qui a fait durer l’association

Coluche meurt en juin 1986, quelques mois après la première campagne. Une association qui repose sur la notoriété d’un seul homme survit rarement à sa disparition. Deux relais expliquent que celle-ci y soit parvenue.

Le premier est artistique. Dès 1986, un collectif de chanteurs et de comédiens se réunit sous le nom des Enfoirés pour soutenir l’association par des concerts dont les recettes lui sont reversées. La même année paraît « La Chanson des Restos », qui devient l’emblème du réseau. Ce rendez-vous, reconduit chaque année depuis, apporte à la fois un financement récurrent et une visibilité qui ne dépend plus d’une seule personnalité — c’est probablement le facteur qui a le plus contribué à la continuité de l’association.

Le second relais est fiscal, et il vient directement d’une idée exprimée par Coluche de son vivant.

La loi votée en 1988

Le fondateur avait défendu publiquement l’idée d’un avantage fiscal renforcé pour les dons destinés à l’aide alimentaire. Le texte est voté le 20 octobre 1988, à l’unanimité du Parlement, deux ans après sa mort. Il prend le nom de loi Coluche dans l’usage courant, sans que ce soit son intitulé officiel.

Dans sa version d’origine, le dispositif prévoyait une réduction d’impôt sur le revenu égale à 50 % des versements affectés à la fourniture de repas à des personnes en difficulté, dans la limite de 400 francs. Le principe était le suivant : sortir ces dons du régime commun des dons aux œuvres pour leur appliquer un taux plus favorable, en raison de la nature vitale de l’aide financée.

Un texte plusieurs fois révisé

Le taux, le plafond et le champ des organismes concernés ont été modifiés à plusieurs reprises depuis 1988, et le dispositif s’est élargi au-delà de la seule aide alimentaire, vers le logement et les soins. Les valeurs applicables aujourd’hui figurent sur le site de l’administration fiscale, qui fait foi : elles évoluent avec les lois de finances et n’ont pas leur place dans un article d’histoire.

Créer ou rejoindre un centre aujourd’hui

Beaucoup de personnes qui cherchent la création des Restos du Cœur ont en tête une question pratique : peut-on en ouvrir un près de chez soi ?

La réponse tient à l’organisation du réseau. Les Restos du Cœur ne forment pas une nébuleuse de structures indépendantes. L’ensemble s’articule autour d’une association nationale, d’associations départementales et de centres locaux rattachés à ces dernières. Cette architecture garantit l’homogénéité de l’aide apportée d’un département à l’autre, la traçabilité des dons collectés et le respect des règles sanitaires applicables à la distribution de denrées alimentaires, qui sont strictes et engagent la responsabilité de la structure.

Un particulier ne crée donc pas un Resto du Cœur comme il créerait sa propre association. L’ouverture d’un centre relève d’une décision de l’association départementale, prise en fonction des besoins repérés sur un territoire, des locaux et des moyens logistiques disponibles, et du nombre de bénévoles mobilisables dans la durée. Signaler un besoin non couvert auprès de l’association départementale de son secteur reste évidemment possible, et c’est la démarche utile pour qui constate un manque.

Ce qui est entièrement ouvert, en revanche, c’est l’engagement bénévole. Le réseau recrute pour la distribution et l’accueil, mais aussi pour des fonctions moins visibles — et souvent moins connues.

Famille 1

Accueil et distribution

Les missions de terrain, au contact des personnes accueillies : inscription, remise des denrées, écoute. Ce sont les plus visibles et les plus demandées.

Famille 2

Entrepôt et transport

Réception des dons, gestion des stocks, respect de la chaîne du froid, acheminement vers les centres. Un maillon invisible sans lequel rien n’arrive à destination.

Famille 3

Gestion et fonctions support

Comptabilité, administration, informatique, communication, partenariats, gestion des bénévoles. Le besoin en compétences de gestion est réel et rarement mis en avant.

Famille 4

Accompagnement et insertion

Aide à l’accès aux droits, accompagnement vers l’emploi ou le logement, soutien scolaire, sorties culturelles. C’est le volet « Relais » inscrit dans le nom d’origine.

Les candidatures se déposent auprès de l’association départementale du lieu de résidence, dont les coordonnées figurent sur le site national du réseau. La démarche vaut aussi bien pour un engagement régulier que pour une disponibilité ponctuelle, sur une campagne d’hiver ou une collecte.

Reste le cas de ceux qui souhaitent agir là où le réseau n’est pas présent. La voie existe, mais elle change de nature : il s’agit alors de créer une association autonome, avec les obligations qui l’accompagnent — statuts, déclaration en préfecture, gouvernance, et pour la distribution de denrées, le respect des règles d’hygiène et des habilitations éventuellement requises. C’est une démarche bien plus lourde que de rejoindre une structure existante, et il vaut mieux le savoir avant de s’y engager.

Qui a créé les Restos du Cœur et quand ?

L’humoriste Coluche, qui lance l’idée sur Europe 1 le 26 septembre 1985. La première distribution de repas a lieu le 21 décembre de la même année. Ces deux dates sont souvent confondues alors qu’elles sont séparées de près de trois mois, pendant lesquels l’association a été constituée et la logistique montée.

Quel est le statut juridique des Restos du Cœur ?

Une association déclarée relevant de la loi du 1er juillet 1901, à but non lucratif, sous le nom officiel « Les Restaurants du Cœur – Les Relais du Cœur ». Ce statut initial est distinct de la reconnaissance d’utilité publique, qui lui a été accordée par un décret du 7 février 1992, publié au Journal officiel le 13 février de la même année.

Que signifie « Les Relais du Cœur » dans le nom officiel ?

C’est le second volet du projet, inscrit dans la dénomination dès l’origine. Les « Restaurants » désignent la distribution alimentaire ; les « Relais » renvoient à l’accompagnement des personnes accueillies — accès aux droits, emploi, logement, soutien scolaire, activités culturelles. Cette dualité explique l’étendue actuelle des missions confiées aux bénévoles.

Qu’est-ce que la loi Coluche ?

Un dispositif fiscal voté le 20 octobre 1988 à l’unanimité du Parlement, deux ans après la mort de son inspirateur. Dans sa version d’origine, il ouvrait droit à une réduction d’impôt sur le revenu égale à 50 % des versements affectés à la fourniture de repas à des personnes en difficulté, dans la limite de 400 francs. Le taux, le plafond et le champ des organismes concernés ont été révisés depuis : les valeurs en vigueur figurent sur le site de l’administration fiscale.

Combien de repas ont été distribués lors de la première campagne ?

La campagne 1985-1986 a mobilisé plus de cinq mille bénévoles et permis de distribuer 8,5 millions de repas. Ces chiffres se rapportent à cette première campagne et à elle seule ; les volumes des campagnes suivantes ont fortement évolué et se consultent auprès du réseau.

Comment l’association a-t-elle survécu à la mort de Coluche ?

Par deux relais installés très tôt. Le collectif des Enfoirés se réunit dès 1986 pour soutenir l’association par des concerts, et « La Chanson des Restos » paraît la même année, ce qui apporte un financement récurrent et une visibilité détachée d’une seule personnalité. Le dispositif fiscal voté en 1988 sécurise par ailleurs une part durable des dons.

Peut-on créer un Resto du Cœur près de chez soi ?

Pas à titre individuel. Le réseau s’organise autour d’une association nationale, d’associations départementales et de centres rattachés à ces dernières. L’ouverture d’un centre relève d’une décision de l’association départementale, en fonction des besoins repérés et des moyens disponibles. En revanche, rejoindre le réseau comme bénévole est ouvert, et les candidatures se déposent auprès de l’association départementale du lieu de résidence.

Quelles missions confie-t-on aux bénévoles ?

La distribution et l’accueil, qui sont les plus visibles, mais aussi l’entrepôt, le transport, la gestion administrative, la comptabilité, l’informatique, l’accompagnement vers l’emploi ou le soutien scolaire. Le besoin en compétences de gestion et de logistique est réel, et souvent moins connu que les missions de terrain.

Quarante ans après, la donnée la plus troublante de cette histoire n’est ni une date ni un chiffre : c’est que la structure montée pour un seul hiver soit toujours là.