Création de l’ONU
les étapes exactes de 1943 à 1945
Signature de la Charte en juin, entrée en vigueur en octobre : deux dates souvent confondues, et un processus en plusieurs conférences.
L’ONU est officiellement créée le 24 octobre 1945, date d’entrée en vigueur de sa Charte — pas le 26 juin 1945, date à laquelle les 50 pays présents à la conférence de San Francisco l’ont signée. Le processus a démarré dès 1943 avec la Déclaration de Moscou, s’est précisé aux conférences de Dumbarton Oaks (1944) et de Yalta (1945), avant d’aboutir à la signature puis à la ratification de la Charte par 51 membres fondateurs, la Pologne ayant signé plus tard, le 15 octobre 1945.
- Deux dates à distinguer : signature de la Charte le 26 juin 1945, entrée en vigueur le 24 octobre 1945.
- Un processus en plusieurs étapes : Moscou (1943), Dumbarton Oaks (1944), Yalta (1945), San Francisco (1945).
- 51 membres fondateurs : 50 signataires initiaux, plus la Pologne le 15 octobre 1945.
- Première réunion à Londres, pas à New York, le 10 janvier 1946.
Le contexte
pourquoi une nouvelle organisation après la Société des Nations
La Société des Nations, fondée en 1920 au lendemain de la Première Guerre mondiale et installée à Genève, n’avait pas réussi à empêcher un second conflit mondial. Les Alliés qui négocient, dès le milieu du second conflit, la physionomie du monde d’après-guerre partent donc d’un constat partagé : l’organisation existante ne peut pas simplement être relancée telle quelle, elle doit être remplacée par un dispositif structurellement différent.
Dès 1943, alors que la guerre se poursuit encore, les Alliés commencent à envisager cette organisation internationale d’après-guerre. La Déclaration de Moscou, signée cette année-là par les États-Unis, le Royaume-Uni, l’Union soviétique et la Chine, reconnaît explicitement, dans son quatrième paragraphe, la nécessité d’une telle organisation.
Cette reconnaissance ne débouche pas immédiatement sur une organisation constituée : elle ouvre une série de négociations diplomatiques qui s’étalent sur près de deux ans, entre plusieurs conférences successives, avant d’aboutir à un texte fondateur commun.
Les conférences préparatoires de 1944 et 1945
La première étape concrète se tient à Dumbarton Oaks, une propriété de Washington, du 21 août au 7 octobre 1944. Les représentants des États-Unis, du Royaume-Uni, de l’Union soviétique et de la République de Chine y élaborent la première ébauche de ce qui deviendra la Charte des Nations unies. Le texte qui en sort pose l’architecture générale de la future organisation, mais laisse en suspens plusieurs questions sensibles — notamment le système de vote au sein du futur Conseil de sécurité, et les modalités d’adhésion des républiques constitutives de l’Union soviétique.
Ces points de blocage sont résolus quelques mois plus tard, en février 1945, à la conférence de Yalta, en Crimée. Les dirigeants américain, britannique et soviétique y arrêtent les modalités définitives du système de vote au Conseil de sécurité et s’accordent sur un système de tutelle international destiné à remplacer le système de mandats hérité de la Société des Nations. Sans cet accord, la conférence fondatrice qui suit quelques semaines plus tard n’aurait pas pu avancer sur des bases communes.
La conférence de San Francisco et la signature de la Charte
C’est à San Francisco, du 25 avril au 26 juin 1945, que se tient la conférence fondatrice proprement dite. Des délégués de cinquante pays s’y réunissent pour finaliser, à partir des bases posées à Dumbarton Oaks et à Yalta, le texte définitif de la Charte des Nations unies. Les travaux se poursuivent alors même que la guerre n’est pas encore terminée en Asie : l’Allemagne a capitulé quelques semaines plus tôt, mais le conflit contre le Japon se poursuit durant toute la durée de la conférence.
Deux mois plus tôt, au moment de l’ouverture de la conférence le 25 avril, la question de l’issue du conflit en Europe restait encore incertaine pour les délégués réunis à San Francisco. La capitulation allemande, survenue en cours de conférence, ne change pas le calendrier des travaux, mais elle illustre à quel point la rédaction de la Charte s’est faite dans l’urgence d’un monde encore en guerre plutôt qu’après un retour complet à la paix.
Le 26 juin 1945, les cinquante délégations présentes signent la Charte des Nations unies. Cette date marque l’aboutissement du travail diplomatique engagé depuis la Déclaration de Moscou, mais elle ne correspond pas encore à la naissance officielle de l’organisation : une Charte signée doit encore être ratifiée par les États signataires selon leurs procédures internes avant d’entrer en vigueur.
De la signature à l’entrée en vigueur
les 51 membres fondateurs
Entre la signature et l’entrée en vigueur du texte s’écoulent près de quatre mois, le temps que les principales puissances signataires procèdent à sa ratification. Un cinquante-et-unième pays vient s’ajouter aux cinquante signataires initiaux : la Pologne, dont le gouvernement n’avait pas pu être arrêté à temps pour participer à la conférence de San Francisco, signe la Charte le 15 octobre 1945, complétant ainsi la liste des membres fondateurs.
La Charte des Nations unies entre officiellement en vigueur le 24 octobre 1945, une fois ratifiée par la majorité requise des signataires, dont les cinq membres appelés à devenir permanents au Conseil de sécurité. C’est cette date du 24 octobre, et non celle de la signature en juin, qui est reconnue comme la date de création effective de l’ONU — elle est depuis commémorée chaque année comme Journée des Nations unies.
Cette distinction entre les deux dates n’est pas un détail technique : elle reflète une réalité propre à tout traité international, où la signature engage politiquement les délégations présentes, tandis que l’entrée en vigueur, conditionnée à la ratification, marque le moment où le texte devient effectivement contraignant pour les États concernés.
Les premiers pas
de Londres à New York
L’organisation nouvellement créée tient sa toute première Assemblée générale le 10 janvier 1946, au Central Hall de Westminster, à Londres — et non à New York, qui n’est alors pas encore son siège. Cette première session s’achève le 14 février de la même année. Les travaux se poursuivent ensuite aux États-Unis, notamment au musée d’art de Queens à Flushing Meadows, avant que l’organisation ne s’installe durablement dans son siège actuel de Manhattan, où l’Assemblée générale se réunit chaque année depuis le 14 octobre 1952.
Ce délai entre l’entrée en vigueur de la Charte en octobre 1945 et l’installation définitive à New York plusieurs années plus tard illustre une distinction utile : l’existence juridique d’une organisation, actée par un texte qui entre en vigueur, ne se confond pas avec sa mise en place matérielle et institutionnelle, qui prend nécessairement plus de temps à se stabiliser.
Ce qui distingue l’ONU de la Société des Nations
Au-delà du changement de nom, l’ONU se distingue de son prédécesseur par plusieurs choix structurels directement issus des négociations de Dumbarton Oaks et de Yalta. Le Conseil de sécurité, doté d’un droit de veto pour ses membres permanents, remplace un système de décision qui, à la Société des Nations, reposait largement sur l’unanimité — une règle qui avait contribué à paralyser l’organisation face aux crises de l’entre-deux-guerres. La participation des États-Unis dès l’origine, alors que ceux-ci n’avaient jamais rejoint la Société des Nations malgré le rôle de leur président dans sa création après la Première Guerre mondiale, constitue une autre différence significative.
Le droit de veto règle le problème de l’unanimité généralisée qui paralysait la Société des Nations, mais il en introduit un autre : un seul membre permanent du Conseil de sécurité peut, à lui seul, bloquer une décision. Cette tension, présente dès la conception du système à Yalta, reste discutée depuis 1945.
Ces choix ne garantissent pas, à eux seuls, l’efficacité de la nouvelle organisation face aux crises à venir, mais ils répondent directement aux lacunes identifiées dans le fonctionnement de la Société des Nations durant les deux décennies qui séparent les deux conflits mondiaux.
Le processus de création lui-même reflète cette volonté de rupture méthodique plutôt que de simple relance : là où la Société des Nations était née d’un seul traité, celui de Versailles, négocié en marge d’une conférence de paix plus large, l’ONU résulte d’un enchaînement délibéré de plusieurs conférences spécifiquement dédiées à sa conception — Moscou pour le principe, Dumbarton Oaks pour l’architecture, Yalta pour les points de blocage, San Francisco pour la rédaction finale. Cette méthode en plusieurs étapes, échelonnée sur près de deux ans, explique en grande partie pourquoi les dates associées à sa création sont multiples plutôt qu’uniques.
Quelle est la date exacte de création de l’ONU ?
La Charte des Nations unies a été signée le 26 juin 1945 par 50 pays, mais l’ONU n’est officiellement créée qu’au moment de l’entrée en vigueur de sa Charte, le 24 octobre 1945 — date commémorée chaque année comme Journée des Nations unies.
Combien de pays ont fondé l’ONU ?
51 pays sont considérés comme membres fondateurs : les 50 signataires présents à San Francisco le 26 juin 1945, plus la Pologne, qui a signé la Charte plus tard, le 15 octobre 1945.
Où s’est tenue la première Assemblée générale de l’ONU ?
À Londres, au Central Hall de Westminster, le 10 janvier 1946 — pas à New York, qui n’est devenue le siège permanent qu’en 1952. La session s’est achevée le 14 février 1946.
Pourquoi l’ONU a-t-elle remplacé la Société des Nations ?
La Société des Nations n’avait pas réussi à empêcher la Seconde Guerre mondiale, notamment en raison d’une règle de décision à l’unanimité qui paralysait l’organisation. L’ONU a été conçue avec un Conseil de sécurité doté d’un système de vote différent, et avec la participation dès l’origine des États-Unis.
Une Charte signée n’est pas encore une organisation : il aura fallu quatre mois de ratifications de plus pour que l’ONU existe réellement, le 24 octobre 1945.